Publié le 26/04/2016

Photo Joël Chéritel  

OUEST-FRANCE
Point de vue
Il devient urgent de réformer la France
Joël CHERITEL, Président du MEDEF Bretagne

 

 

 

 

 

La France, avec un taux de chômage deux fois plus élevé que celui des autres pays dits industrialisés (Allemagne, Royaume-Uni, USA notamment) accuse une perte de compétitivité économique, et notamment industrielle, qui appelle des réformes profondes.

Les entreprises françaises sont confrontées à des niveaux de prélèvements obligatoires (impôts, taxes et cotisations sociales) sans équivalents. Ils représentent 25 % de la valeur ajoutée qu’elles produisent contre 13 % en Allemagne. Malgré le pacte de responsabilité et le CICE, elles paient encore plus de 100 milliards d’euros d’impôts, taxes et cotisations sociales de plus que leurs homologues allemandes !

À ces prélèvements excessifs, il convient d’ajouter une insécurité juridique, une complexité administrative, des normes environnementales allant bien au-delà de ce qu’impose l’Union européenne. Dans ces conditions, comment ne pas s’étonner, malgré nos extraordinaires atouts, de la désespérance d’une part de plus en plus importante de la population ? Comment ne pas s’étonner de cette hausse inexorable du chômage ? Comment ne pas s’étonner de la progression du vote extrémiste ?

Le 20 septembre 1992, la France s’est démocratiquement engagée sur le chemin de l’euro, entré en vigueur le 1er janvier 2002. En faisant ce choix, les Français ont choisi de mettre leurs entreprises en situation de concurrence frontale avec les entreprises des autres pays de la zone euro et de mettre ainsi un terme à cette facilité qui existait jusqu’alors : dévaluer périodiquement sa monnaie nationale pour redonner de la compétitivité à ses entreprises tout en s’abstenant de procéder à des réformes de fond.

Le projet El Khomri, amorce de réponse.

Si des réformes ont été amorcées, timidement engagées, il reste beaucoup à faire si l’on veut maintenir notre niveau de vie, réduire le chômage, combattre la pauvreté, inverser la spirale dangereuse de l’endettement public. En trente-cinq ans, l’endettement public a quasiment été multiplié par 5, la dette publique par… 30 ! Qui sait que la France s’endette actuellement, chaque année, du montant du PIB annuel de la Bretagne ? Les mesures du projet de loi initial de Mme El Khomri, associées au Pacte de responsabilité et de solidarité, constituaient une amorce de réponse aux lourdes difficultés structurelles de notre pays. Contrairement à ce que disent certains, la France avec ses contraintes administratives et juridiques, le poids de ses impôts, taxes et cotisations sociales, n’est pas victime d’une quelconque potion ultra-libérale menée par les gouvernements successifs.

Elle est, au contraire, victime de la conjugaison d’un marché ouvert, reposant sur une monnaie unique, voulue par les Français, avec des entreprises soumises à des contraintes supérieures à celles de leurs concurrentes de la zone euro, contraintes qui lui imposent notamment de financer une sphère publique hypertrophiée qui « consomme » 57 % de la production nationale.

Avec une balance commerciale déficitaire de 45 milliards d’euros quand celle de l’Allemagne connaît un excédent de 250 milliards, la France doit engager des réformes profondes pour favoriser l’investissement, l’innovation, le développement des entreprises et in fine l’emploi. Le chômage, la pauvreté, l’exclusion ne sont pas une fatalité. Notre avenir économique et social est entre nos mains. Soyons collectivement à la hauteur des enjeux qui s’imposent à nous, sinon nous irons au-devant de graves déconvenues.