« La France est mieux notée que les Etats-Unis »

Lors de sa conférence de presse mensuelle de janvier Laurence Parisot est revenue sur la dégradation de la note de la France par Standard and Poor’s.

« Je voudrais revenir quelques instants sur la note de la France et les agences de notation. Je l’ai dit hier, c’est un électrochoc, c’est sans aucun doute la fin d’une époque mais je crois surtout que ces annonces doivent nous inciter à nous concentrer sur l’économie réelle. Il ne faut pas se tromper entre ce qui a été perçu par  chacun vendredi soir et débattu pendant tout un week-end et la réalité de ce qui se passe dans les entreprises. Cette réalité, on peut la résumer par une certaine dégradation des carnets de commandes, en un certain nombre de difficultés de trésorerie. Nous avons de plus en plus de remontées d’informations de nos territoires de ce point-de-vue-là, mais en même temps, nous avons aussi le sentiment que nos entreprises sont en train de s’adapter, renouvellent leurs produits, investissent dans les nouvelles technologies comme jamais, et donc qu’il y a un esprit très combatif et, par définition, très entrepreneurial.

Deuxièmement, toujours sur la note et ses conséquences, – comme je l’ai dit le plus important est de se concentrer sur l’économie réellenous avons tous, bien sûr lu les commentaires de Standard and Poor’s. Ils attirent l’attention sur les déficits, la dette et le manque de flexibilité du marché du travail français. Nous n’avons pas attendu Standard and Poor’s pour faire ce diagnostic et pour y remédier. Cela fait maintenant plusieurs années que nous, les partenaires sociaux, nous progressons pour introduire de la flexi-sécurité, je pense notamment à la rupture conventionnelle, et nous continuons ce travail. Il y a actuellement un groupe paritaire qui procède à des auditions d’experts pour préparer une refonte à la fois de l’assurance chômage, de la formation et poser toutes les questions de l’emploi , de l’employabilité et de la mobilité.

Troisièmement, toujours sur les agences et les notes, et le commentaire de Standard and Poor’s. Je crois que nous avons tous été frappés par ce qui a été dit sur l’Europe par Standard and Poor’s. Et notamment,  par le fait que Standard and Poor’s critique la diversité des situations, ou plutôt la disparité des situations au sein de l’Union européenne et de la zone euro, regrette cette disparité, tout en, finalement, y contribuant, puisque Standard and Poor’s a tout fait pour, finalement, faire en sorte que les Etats européens aient des notes différentes : la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Standard and Poor’s regrette les disparités et chercher d’une certaine façon à les renforcer. Il faut faire attention à cela et se demander à chaque instant comment nous pouvons a contrario démontrer et agir pour rappeler sans cesse que nous voulons une unité européenne, que nous allons vers plus d’homogénéité, que nous renforçons la convergence et que nous préparons l’intégration économique. Cela doit vraiment  être un objectif affiché, une exigence constante. A partir du moment où l’on a cela à l’esprit, cela implique beaucoup de choses. D’abord, il faut suivre, et je vous demande de nous aider à suivre, les négociations en cours sur la rédaction du Traité dont le principe a été décidé le 9 décembre. Il faut s’assurer que dans ces négociations, on ne recule pas par rapport à l’ambition clairement exprimée le 9 décembre. Il ne faut jamais oublier, et nous l’avons dit, que plus d’une fois, l’Europe a fait preuve de lenteur, de manque d’ambition c’est le fameux « too little, too late » ; il ne faut pas que nous retombions dans cette erreur. Il faut donc avoir pout tout une approche européenne. Je dis bien pour tout. C’est ce que nous demandons aussi sur la taxe sur les transactions financières. Il est évident que sur ce projet, nous devons au minimum nous coordonner entre Londres, Francfort et Paris. Il ne doit pas y avoir de distorsion fiscale entre ces trois grandes places financières.

Quatrièmement, et cela sera mon dernier point sur les agences de notation, sur leur note et leur commentaire, et ce n’est pas le moindre. Ce matin, je note qu’au fond, la France est mieux notée que les Etats-Unis. Ce serait une erreur, évidemment, que de ne regarder qu’une seule agence de notation. C’est comme les intentions de vote, je dois faire un effort pour vous le dire mais il ne faut pas regarder les intentions de vote d’un seul institut de sondage. Si nous ne regardons pas une seule agence de notation, si nous regardons les trois grandes agences, Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch, et si nous nous comparons, par exemple aux Etats-Unis, eh bien nous sommes mieux notés aujourd’hui que les Etats-Unis d’Amérique. Nous, la France. Sur Standard and Poor’s, nous avons la même note ; sur Fitch, nous avons, aux Etats-Unis comme en France un AAA avec perspective négative, et sur Moody’s, dans les deux cas, aux Etats-Unis comme en France, la note est attribuée est un AAA, mais en France, avec examen pour perspective stable, alors qu’aux Etats-Unis, c’est avec examen et perspective négative. Donc, au total, ce matin, la France est mieux notée que les Etats-Unis.

Evidemment, tout ceci doit néanmoins nous conduire à poursuivre le travail que j’ai d’ailleurs évoqué et que beaucoup d’acteurs économiques, politiques et sociaux avaient déjà engagé depuis un certain temps. Le Sommet qui va se tenir à l’Elysée demain peut être un moment important pour une nouvelle étape dans ce travail d’adaptation, de réformes structurelles que nous appelons de nos vœux depuis longtemps. »